Journée dans le désert.

Les troupes de Kadhafi (des troupes irrégulières venues de Sirte) ont attaqué, mercredi 1er mars vers 6 h du matin, la ville de Brega (entre Ajdabiya et El Agheila), à 50 ou 70 voitures, pour prendre le contrôle du site pétrolier de la Kr Oil and Gaz et éventuellement fermer les approvisionnements en direction de Benghazi. Vers 10h, les insurgés ont contre-attaqué. Toute la journée les gens ont distribué nourriture et eau à ceux qui allaient vers Brega pour soutenir l’assaut.

Je suis parti pour Ajdabiya en début d’après-midi. Alors que nous approchions de Brega, un avion de chasse de type Mirage a largué 3 bombes à quelques centaines de mètres de la route ; a priori plutôt dans une tentative de faire peur. Plus loin sur notre route nous avons croisé le théâtre d’un affrontement récent. Il ne restait qu’une ambulance en flammes, et d autres véhicules détruits. Sur le sol les cadavres de deux insurgés. En fin d’après-midi, en arrivant à Bishr, nous rencontrons un groupe qui vient de faire un prisonnier – qui semble avoir échappé de peu au lynchage.

Les forces rebelles ne sont constituées ici apparemment (et pour l’instant) que de civils. Il ne semble pas y avoir de troupes régulières ou de blindés. Les plus gros calibres sont des canons de 50mm anti-aérien. Aujourd’hui les insurgés ont certes subi des pertes (durant notre seul trajet nous avons vu 9 morts ; et 19 blessés qui ont été rapatriés à l’hôpital militaire de Bengazi) mais ils ont infligé une défaite à la première contre-attaque de Kadafi. Ce soir, la côte semble « libérée » jusqu’à El Ageila, pendant que les troupes de Khadafi sont à Ras Lanuf.

Je reste ici (à Brega) pour la nuit. Il y a beaucoup de passages de voitures de rebelles mais leur nombre est difficile à estimer car il y a beaucoup d’aller-retour. On peut en tout cas s’attendre pour demain à des mouvements du front dans les deux sens.

Le lendemain, je passe une partie de la matinée à un check-point à l’est d’El Ageila. Le capitaine de ce poste m’affirme être en lien avec Benghasi mais agir de façon autonome. Son supérieur suit des directives générales, mais précise lui-même n’avoir qu’un commandement très relatif sur les forces  insurgées. A 12h55 on entend un hélicoptère venant de l’ouest. Un journaliste allemand me confirme qu il sagit d un modèle russe. Le check-point est evacué et tout le matériel lourd est rassemblé à Brega durant le reste de la journée. Cette place, théâtre des affrontements de la veille, se remplit de journalistes et de matériel (10 mitrailleuses, 11 canons anti-aériens, pointés vers la route, 6 canons sans recul, 2 katiouchas, 4 antitanks, de nombreux rpg et kalach ou autres fusils, ainsi que des missiles portables sam7 qui permet de détruire des avions).

En début d’après-midi, des véhicules chargés de matériel commencent à réoccuper les positions à l’ouest jusqu’à 20km de Ras Lanuf. Le matériel est de plus en plus dispersé. Les voitures de civils circulent de nouveau depuis la veille entre zone occupée et zone libre. De nombreux refugiés, en majorité égyptiens, sont évacués par camions. Semble-t-il que les forces pro kadafi se rassemblent a Ras Lanuf.

A la compagnie pétrolière, seulement 2 ingénieurs volontaires sont restés pour maintenir le gaz ouvert, et les énormes cuves à carburant ont toutes été vidées par precaution. On parle de 200 voitures que les forces loyalistes auraient massées à Ras Lanuf. Ce chiffre énorme traduit bien l’état de peur qui règne suite aux survols d’hélicoptères ou aux bombardements aériens (bien que les avions aient intentionellement bombardé le desert).

L’armée nouvelle est constituée de volontaires, dont la plupart proviennent des environs immédiats, c’est-à-dire de Brega. Nombre d’entre-eux travaillent à la compagnie pétrolière, d’autres sont ingénieurs informaticiens. Quand il n’y a pas de combats, ils passent la journée à rigoler et à jouer avec leurs armes. Un soldat s’assoit devant moi et plante son AK 47 dans le sol par le canon pour s’appuyer dessus. Un autre s’amuse à faire tourner une grenade sur son doigt. De l’eau, de la nourriture et des jus de fruit arrivent et sont distribués en permanence et à volonté aux soldats, journalistes et simples passants qui traversent le front dans les 2 sens. Les soldats n’arrêtent pas de changer leur matériel de place, de monter et de démonter les projectiles des RPG. Ils ne semblent pas pour l’instant se préoccuper du pouvoir qui voit le jour à Benghazi.

 

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2 commentaires pour Journée dans le désert.

  1. Jacky Benoit dit :

    Toutes mes félicitations pour ce blog bien riche en informations utiles pour le Citoyen.

    Merci.
    Jacky.

  2. qfgqdfg dit :

    Bof rien n’est utile au Citoyen. Ce blog est utile pour touTEs celles/ceux qui s’insurgent. Quelle expérience !!! Que de leçons à tirer ! et de connaissances à mettre en œuvre !!! Merci infiniment !!!

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