Quelques précisions venues de Libye.

Nous comprenons à quel point il doit être compliqué, depuis la France, de se figurer ce qu’est la situation ici. On ne s’imagine peut-être pas ces jeunes inexpérimentés se jetant, sans armes, à l’assaut d’une route pilonnée par l’artillerie. Ou qu’une discussion « politique » ce puisse être  discuter posément la réalité du « complot judéo-maçonnique » avec un étudiant instruit et curieux. La révolution libyenne n’est certainement pas celle que l’on croit.
Khadafi a rendu en une semaine de répression son régime insupportable à un peuple si peu habitué aux révoltes (la Libye n’est pas la Grèce, ce n’est pas la Kabylie). Dans cet article nous allons tenter de faire le point, un mois après le début de la révolte, sur ce qu’est la Libye libérée. Essayer de partager un peu mieux ce que nous y voyons et vivons. Afin de donner un autre éclairage aussi aux récits que nous avons et que nous continuerons d’envoyer sur ce site.

Ravitaillement
En ce qui concerne la nourriture, l’eau, l’électricité et le carburant, la situation reste très stable. La nourriture s’acquiert en général comme avant la révolte, dans des magasins, livrée depuis l’Egypte. Les salaires ne sont plus payés, mais les économies personnelles, que les banques libèrent au compte-goutte suffisent. En prévention d’une paupérisation grandissante et d’un arrêt du système marchand, les pays du Golfe, Qatar et Emirats Arabes Unis, ainsi que la population égyptienne ont envoyé par la frontière des vivres et des produits d’hygiène, qui sont en majorité stockés dans les villes de la Cyrénaïque. Depuis le 17 février, et avant que les besoins en vivres ne soient perceptibles, de nombreuses initiatives ont vu le jour afin d’approvisionner ceux qui pouvaient en avoir besoin. Je ne les connais pas toutes et j’ignore parfois beaucoup de leur fonctionnement ou de leur efficacité. Toujours est-il que dans les jours qui ont suivi le 17 février, la solidarité s’est manifestée essentiellement par des dons spontanés de nourriture venant de particuliers. Très vite les hommes qui ont pris les armes pour monter des check-points ont suscité un grand élan de générosité. Par exemple, des propriétaires de supermarchés ont ouvert leurs stocks aux défenseurs de la ville.

Le 26 fevrier, la Petrol Engineering Community, association fondée spontanément par les travailleurs du pétrole a commencé à rassembler les dons provenant des cadres de l’industrie pétrolière (2000 à 3000 Dl/jour), pour acheter des vivres et des vêtements à destination des soldats. Lorsque les forces de Khadafi ont attaqué Brega le 2 mars, les dons ont fortement augmenté. Depuis cette date jusqu’à récemment il s’agissait essentiellement de bouteilles d’eau, de lait, de jus de fruit, de gateaux et de plats de pâtes cuisinés. Une partie importante de cet afflux (surestimé) a été distribuée aux voyageurs traversant les checkpoints. Les réfugiés provenant d’Afrique centrale, d’Afrique de l’ouest ou d’Egypte ont en partie profité de cette aide (ce qui était encore pour eux largement insuffisant).

Le 6 mars, d’anciens scouts devenus étudiants ont fondé « les jeunes du changement ». Cette organisation à la hiérarchie un peu formelle (scouts oblige) regroupe une trentaine de permanents et plus de 370 volontaires mobilisables pour des tâches variées telles que le transport, le nettoyage, le renforcement du personnel hospitalier ou la publication d’articles. Sur le plan du ravitaillement, ils prennent en charge l’aide venue du Golfe, grâce à leurs antennes ou relations sur toute la cote de la Cyrénaïque, ils ont établi plusieurs dépôts à Benghazi et convoient les denrées sur la ligne de front. Ils organisent des collectes d’armes et incitent les gens qui en auraient gardées à les donner aux combattants, même si eux-mêmes  ne jouent pas toujours le jeu. Ces associations spontanées ont des liens avec d’autres plus anciennes d’aide sociale et de solidarité, et parfois avec les nouvelles instances de Benghazi.

Instances.
On compte en fait trois instances officielles qui n’ont pour l’heure aucun bâtiment dédié. La plus connue est le gouvernement provisoire ou conseil national de transition. Seule une minorité de ses membres sont connus car nombre d’entre eux seraient (incognito) en zone occupée. Son rôle est d’établir des relations diplomatiques et des contacts avec la presse en vue d’offrir aux puissances occidentales une alternative crédible au système de Khadafi. La seconde peu connue est le conseil local, son importance semble mineure. La dernière est le conseil de ville (parfois aussi appelé conseil local). Elle comprend 13 membres, tous des personnages publics de Benghazi. Chaque membre couvre un secteur des besoins publics : économie, banque, éducation… Je me suis assez peu penché sur cette institution, mais, à part ce qui concerne l’armée de Benghazi, elle semble peu active. Les membres du conseil de ville semblent
se reposer sur ce qui existe déjà : les associations spontanées, les institutions qui
fonctionnent (compagnies pétrolières, hopitaux etc.) Dans le domaine de l’énergie, le responsable Ahmed Garoushi ne s’intéresse qu’à la vente du pétrole brut disponible à Tobrouk (100 000 barils/jour) et sur la récuperation de l’argent de cette vente qui devrait avoir lieu dans les semaines à venir. Cet argent serait mis à disposition du conseil de ville et du gouvernement provisoire.

Afin de mieux comprendre comment s’agencent les mécanismes de la contre-revolution, il faut mettre en lumière un des phénomène les plus profonds de cette guerre révolutionnaire qui est la formation d’un « avant » et d’un « arrière ». Et puis essayer de comprendre ce à quoi personne n’a semblé prêter attention jusqu’alors (nous compris) : le discours du peuple libyen.
La guerre, dans ses premiers jours, n’aurait absolument pas pu être comprise comme une opposition distinguant un « avant » d’un « arrière » des combats. D’abord, toutes les cités libérées sortaient de longs combats, difficiles et sanglants, ayant touché tout le monde(manifestants, amis, voisins, personnels des hopitaux, volontaires de tous types). Brega a été prise par ses habitants, et quand ceux de Ras Lanouf ont reçu l’appui des gens de Benghazi, c’est une ville entière qui s’est mobilisée, chaque habitant allant à la guerre avec l’arme qu’il s’était appropriée ou celle d’un ami.

La formation d’un « avant »…
C’est le lendemain de la fête de ces victoires, et la défaite de Benjawad le surlendemain, qui ont produit la troupe de combattants qui allait devenir l' »armée du peuple » durant les batailles de Benjawad, Ras Lanouf, Brega et Ajdabiyah. Cette troupe, mal armée, non formée, s’est caractérisée par une incapacité à toute action offensive dépassant les 300-600 mètres, un apprentissage long et difficile de la nécessaire furtivité, une temporalité d’action qui colle plus au rythme d’une virée entre potes plus qu’à celui d’une guerre. Quand je l’ai quittée, cette troupe ne comptait ni canons sans recul, ni obusiers, ni mortiers, ni katiouchas, ni casques, ni gilets pare-balles, et bien peu d’armes légères.

Une autre composante du front, quasi invisible celle-là, est le résidu d’armée recomposé autour de quelques officiers. Les seules troupes vraiment fidèles aux ordres semblent être les forces spéciales. L’usage des katiouchas, éléments indispensables de cette guerre telle qu’elle est menée, semble avoir un statut intermédiaire. Leurs tirs sont réglés par les forces spéciales, m’ont affirmé ces dernières, mais j’ai vu les munitions transportées par le peuple auto-organisé. C’est dans les attaques massives du peuple en armes (comme à Benjawad, à Sidrah) que l’utilisation de ces armes a pu être vraiment décisive. Aussi, il est probable que l’armée hierarchisée ait joué un rôle important dans certaines victoires, mais en s’appuyant systématiquement sur les assauts populaires et dans bien des cas en s’exposant beaucoup moins.

… et d’un « arrière »
Dans ce qui s’est désormais constitué comme « arrière » du front cette armée organisée occupe par contre une place importante. Hors les forces spéciales, qui semblent être en permanence sur le terrain, elle organise la formation d’une nouvelle force dans une caserne, gère certainement de gros stocks d’armes et est en lien permanent avec l’embryon d’Etat naissant. L’âme de ce corps de traineurs de sabres est le secret et la méfiance, jusqu’au ridicule. Ce ne sont pas les gens au front, mais bien ces jeunes hommes tirés à quatre épingle qui détiennent les équipements, qui portent les gilets pare-balles. C’est dans leur camp d’entraînement que se trouvent les radios longue portée, les optiques puissantes, les gros calibres dernier cri. Il y aurait, paraît-il, prêt à fondre sur l’ennemi, tout un bataillon (200 a 300 hommes) ainsi équipé et qui apprend à marcher au pas. Souvent certains d’entre eux quittent le camp pour aller rejoindre sous les obus l’armée du peuple.

Il est certain que les officiers de demain, les médaillés, les pensionnés ne sont pas ceux qui s’organisent en dehors de toute hiérarchie. Pour ces derniers il existe une réalite particulière, différente et confuse. Ils se préoccupent à en mourir de l’avancée des troupes ennemies, de l’approvisionnement en armes, du sort des traîtres et des ennemis. La contradiction est grande entre les civils combattant au front, et les autres, ceux de l’arrière. Présents dans les moments de liesse, ceux-ci ont vite déserté une guerre qui les dépasse. A Bengazi, ils règlent la question en affirmant sans cesse que Kadhafi est fini, en écoutant des chants patriotiques.

La réappropriation des armes par le peuple s’étant faite sur le mode de la propriété privée et non de l’usage singulier ou collectif, ce sont maintenant des milliers de Kalachnikov, de Rpg, et même de 30mm qui dorment sous des oreillers, dans des garages de Benghazi. A « l’arrière », au-delà de l’armée hierarchisée dont nous venons de parler, personne ne sait vraiment où en est le front. Tout le monde semble s’en foutre, ni chercher à savoir. Ils ne se sentent pas obliges par cette guerre qu’ils n’ont pas réclamée. Le discours, ici, ce sont les phrases répétées des centaines de fois, par des gens dans la rue ; des centaines de fois : « Kadhafi monkey »,  « Kadhafi crazy » ; ce sont les caricatures de Kadhafi par centaines, celles de ses discours. Le problème c’est Kadhafi ; Kadhafi pas ses fils, Kadhafi pas son armée, Kadhafi pas sa police. Tout juste on concède que des étrangers, des mercenaires noirs pourraient s’être abaissés au niveau de « Kadhafi l’Africain ». Ici la concorde nationale est à tout moment convocable. Le peuple et la jeunesse se sont réappropriés le bourrage de crâne.

Bien sûr, les morts devraient géner toute tentative de réconciliation nationale, mais ils ont été religieusement enterrés. Ce ne sont pas des guerriers, des vaincus, ce sont des martyrs, on ne doit pas les pleurer. Les libyens se doivent de respecter la paix et Dieu, avant leurs amitiés et leurs désirs. Les cinq prières par jour sont là pour le rappeler, même sur le front. Le religieux est une part importante du discours, les manifs scandent qu’il n’est de Dieu qu’Allah et qu’Allah est grand.

Il semble que le principal moteur de cette révolte soit une réaction à l’orgueil démesuré de Kadhafi qui s’est permis de vouloir exterminer un peuple qui demandait au pire des réformes et au mieux de voir Saif al Islam reprendre le pouvoir et libéraliser le pays. Toutes les formes inventées jusque-là par la révolution de propagande, de logistique, de combat, d’organisation sont des emprunts directs au modèle qu’est le système de Kadhafi. La révolution s’apprend peut-être dans les groupes de combattants ou dans ceux des jeunes volontaires, qui font l’expérience de la camaraderie et de l’organisation collective, toujours précaire face aux tentatives de formalisation omniprésentes ici.

Q. et D., Benghazi, le 17 mars.


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2 commentaires pour Quelques précisions venues de Libye.

  1. asxjyhtc dit :

    Hé bien, un tel exposé va en refroidir quelques unEs, moi le premier.

  2. traduction_en_italien dit :

    Bonjour. Nous vous envoyons une traduction en italien du dernier article « Quelques précisions venues de Lybie ». Si vous ouvrez une section du blog en italien, nous essaierons de traduire aussi les articles plus anciens.
    .
    Precisioni dalla Libia.

    Capiamo come possa essere complicato, dall’Europa, immaginarsi com’è la situazione qui in Libia. E’ difficile immaginarsi questi giovani inesperti gettarsi, disarmati, all’assalto di una strada bombardata dall’artiglieria. O capire che avere una discussione “politica” possa significare discutere tranquillamente della realtà del “complotto giudeo-massonico” con uno studente istruito e curioso. La rivoluzione libica non è per forza ciò che si crede.
    In una settimana di repressione il regime di Gheddafi si è reso insopportabile a un popolo poco abituato alle rivolte (la Libia non è la Grecia ne la Cabilia). In questo articolo tenteremo di fare il punto, un mese dopo l’inizio della rivolta, su cos’è la Libia “liberata”. Proveremo a condividere meglio ciò che ci vediamo e viviamo.

    Rifornimento.
    Per quanto riguarda il cibo, l’acqua, l’elettricità e la benzina, la situazione rimane molto stabile. Il cibo si acquisisce di solito come prima della rivolta, nei negozi riforniti dall’Egitto. I salari non sono più pagati però i risparmi personali rilasciati a contagocce dalle banche sono sufficienti. Prevenendo una pauperizzazione crescente e un arresto del sistema mercantile, i paesi del Golfo, Qatar e Emirati, insieme alla popolazione egiziana, hanno fatto passare dal confine cibi e prodotti per l’igiene, immagazzinati nelle città della Cirenaica. Dal 17 febbraio in poi, prima che la mancanza di cibo fosse divenuta percettibile, hanno avuto luogo tante iniziative per rifornire quelli che ne avevano bisogno; non le conosco tutte e a volte ignoro il loro funzionamento e la loro efficacia. Comunque nei giorni successivi al 17 febbraio, la solidarietà si è manifestata innanzitutto nelle donazioni spontanee di cibo da parte di singoli. Gli uomini che hanno preso le armi per organizzare i check-point hanno suscitato subito un grande slancio di solidarietà. Per esempio i proprietari di supermercati hanno dato le loro merci ai difensori della città.

    Il 26 febbraio, la Petrol Engineering Comunity, associazione fondata spontaneamente dai lavoratori del settore del petrolio, ha iniziato a raccogliere le donazioni dai quadri dell’industria petrolifera (2000 a 3000 Dl al giorno) per comprare cibo e vestiti per i soldati. Quando le forze di Gheddafi hanno attaccato Brega il 2 marzo, le donazioni sono aumentate fortemente. Dal 2 marzo fino a poco tempo fa si trattava sopratutto di bottiglie d’acqua, di latte, di succhi, di biscotti e di pastasciutta. Una parte importante di questo afflusso (sovrastimato) è stato distribuito ai viaggiatori che attraversavano i check-point. I profughi provenienti dall’Africa Centrale, dall’Africa Occidentale o dall’Egitto hanno parzialmente approfittato di questo aiuto (che era comunque ancora molto insufficiente per loro).

    Il 6 marzo, degli ex-scout diventati studenti hanno fondato “I giovani del cambiamento”. Questa organizzazione la cui gerarchia è un po’ formale (dopo tutto sono scout) comprende una trentina di membri permanenti e più di 370 volontari mobilitatili per compiti vari tra cui il trasporto, la pulizia, l’aiuto negli ospedali o la pubblicazione di articoli. Sul piano del rifornimento, si occupano degli aiuti provenienti dal Golfo. Grazie ai loro agganci e alle loro relazioni sulla costa della Cirenaica, hanno stabilito alcuni depositi a Bengasi e convogliano le derrate alimentari verso la linea del fronte. Organizzano raccolte di armi e incitano coloro che ne hanno ancora a darle ai combattenti, anche se loro stessi non sempre lo fanno. Queste associazioni spontanee hanno legami con altre più vecchie di aiuto sociale e di solidarietà, e a volte con le nuove istituzioni di Bengasi.

    Istituzioni.
    Ci sono di fatto tre istituzioni ufficiali che per ora non hanno nessun edificio dedicato. Quella più conosciuta è il governo provvisorio o Consiglio Nazionale di Transizione. Solo una minoranza dei i suoi membri sono conosciuti poiché molti di loro sarebbero in incognito nelle zone occupate. Il suo ruolo è quello di stabilire relazioni diplomatiche e contatti con la stampa in vista di offrire alle potenze occidentali un’alternativa credibile al sistema di Gheddafi. La seconda istituzione, poco conosciuta, è il consiglio locale, la cui importanza sembra minore. L’ultima è il consiglio cittadino, a volte chiamato consiglio locale. Comprende 13 membri, tutti personaggi pubblici di Bengasi ognuno dei quali copre un settore dei servizi pubblici: economia, banche, educazione… Non ho studiato molto questa istituzione, ma salvo ciò che concerne l’esercito di Bengasi, sembra poco attiva. I membri del consiglio cittadino sembrano contare su ciò che già esiste: le associazioni spontanee, le istituzioni che funzionano (compagnie petrolifere, ospedali, etc.). Per quanto riguarda l’energia il responsabile Ahmed Garoushi si interessa solo alla vendita del greggio disponibile a Tobruk (100’000 barili al giorno) e al recupero dei guadagni di questa vendita che dovrebbe avere luogo nelle prossime settimane. Questi soldi sarebbero messi a disposizione del consiglio cittadino e del governo provvisorio.

    Per capire meglio come si mettono in moto i meccanismi della controrivoluzione, occorre mettere in luce uno dei fenomeni più significativi di questa guerra rivoluzionaria: la formazione di “avanguardie“ e “retroguardie“ e poi cercare di capire ciò che non sembrava importante per tanti (noi compresi): i discorsi del popolo libico.
    La guerra, nei suoi primi giorni, non avrebbe potuto per niente essere compresa come un’opposizione tra “avanguardia“ e “retroguardia“ Innanzitutto, tutte le città liberate uscivano da scontri lunghi, difficili e sanguinosi, che avevano coinvolto tutti (manifestanti, amici, vicini, personale degli ospedali, volontari di ogni tipo). Brega è stata presa dai suoi propri abitanti, e quando quelli di Ras Lanuf hanno ricevuto l’appoggio della gente di Bengasi una città intera si è mobilitata. Ogni abitante andava a combattere con l’arma che aveva trovato o quella di un amico.

    La formazione di un’“avanguardia“
    La truppa di combattenti che poi diventerà “l’armata del popolo” durante le battaglie di Ben Jawad, Ras Lanuf, Brega e Agedabia è nata dopo la festa delle vittorie e la sconfitta di Ben Jawad. Questa truppa, armata male, non formata, si è caratterizzata dalla sua incapacità di avanzare più di 300-600 metri alla volta, dal suo lungo e difficile apprendimento della necessaria velocità di movimento e discrezione, e da una tempistica d’azione che assomiglia più a una gita tra amici che a una guerra. Quando l’ho lasciata, questa truppa non aveva ne cannoni senza rinculo, ne rpg, ne mortai, ne katiuscia, ne caschi, ne giubbotti antiproiettili, e pochissime arme leggere.

    Un’altra componente del fronte, quasi invisibile, è il residuo dell’esercito, riformato attorno ad alcuni ufficiali. Le uniche truppe veramente fedeli agli ordini sembrano essere le forze speciali. L’uso dei katiuscia, elementi indispensabili di questa guerra, è un po’ particolare. I loro tiri sono regolati dalle forze speciali, così mi hanno detto, però ho anche visto munizioni trasportate dal popolo autorganizzato. L’uso di queste armi è stato decisivo durante le offensive massicce del popolo armato (come a Benjawad o a Sidra). E’ quindi probabile che l’esercito ufficiale abbia avuto un ruolo importante in certe vittorie, ma appogiandosi sistematicamente sugli assalti popolari e in molti casi esponendosi molto meno di loro.

    …e di una “retroguardia“
    Questo esercito organizzato ha invece una presenza importante in ciò che si è ormai costituito come “retrovie » del fronte. Solo le forze speciali sembrano presenti permanentemente sul campo. L’esercito invece organizza la formazione di nuove forze in una caserma, gestisce probabilmente grande quantità di armi e ha une legame permanente con l’embrione di Stato che sta nascendo. Questo corpo di soldati si caratterizza dal segreto e dalla diffidenza. Non sono quelli del fronte, ma sono questi ragazzi vestiti bene che detengono gli equipaggiamenti e che portano i giubotti antiproiettili. Le radio a lungo raggio, il materiale ottico potente, le armi di grosso calibro di ultima generazione, si trovano nel loro campo di addestramento. Le voci dicono che ci sarebbe un battaglione di 200-300 uomini equipaggiati bene e che impara a marciare al passo. Molto di loro lasciano il campo per raggiungere l’armata del popolo sotto i bombardamenti.

    E’ certo che gli ufficiali di domani, quelli che riceveranno le medaglie, le pensioni non sono quelli che si organizzano al di là di ogni gerarchia. Per questi ultimi esiste una realtà particolare, diversa e confusa. Si preoccupano dell’avanzata delle truppe nemiche, del rifornimento di armi, della sorte dei traditori e dei nemici. E’ importante la contraddizione fra i civili che combattono e gli altri nelle città. Presenti nei momenti di festeggiamento questi hanno disertato subito una guerra che in realtà non capiscono. A Bengasi, evitano la questione affermando che Gheddafi è finito e ascoltando canti patriotici.

    Il criterio di riappropriazione delle armi da parte del popolo è stato quello dell’appropriazione privata e non quello dell’uso collettivo. Ci sono quindi migliaia di Kalashnikov, di Rpg, e anche di 30 mm che giaciono sotto i materassi o nei garage di Bengasi. Nella città, oltre l’esercito ufficiale di cui abbiamo appena parlato, nessuno sa precisamente cosa succeda sul fronte. Tutti sembrano fregarsene, nessuno sembra interessarsi troppo alla questione. Non si sentono coinvolti in questa guerra che non hanno voluto. I discorsi qui sono le frasi ripetute centinaia di volte dalla gente in strada, centinaia di: « Gheddafi monkey », « Gheddafi crazy »; sono le centinaia di caricature di Gheddafi, dei suoi discorsi. Il problema è Gheddafi, Gheddafi e non i suoi figli, Gheddafi e non il suo esercito, Gheddafi e non la sua polizia. Concedono a malapena che degli stranieri, dei mercenari di colore potrebbero essere considerati allo stesso livello di « Ghedaffi l’africano ». Qui la concordia nazionale può essere rievocata ad ogni momento. Il popolo e la gioventù si sono riappropriati del lavaggio di cervello.

    I morti intralceranno sicuramente ogni tentativo di riconciliazione nazionale, ma sono stati seppelliti secondo il rito religioso. Non sono dei guerrieri, dei vinti, ma dei martiri, non li si deve piangere. I Libici devono rispettare la pace e Dio, prima delle loro amicizie e dei loro desideri. Le cinque preghiere al giorno lo rammentano loro sempre, anche sul fronte. La religione è una parte importante dei discorsi, nei cortei si canta che l’unico Dio è Allah e che Allah è grande.

    Il motore principale di questa rivolta sembra essere la reazione all’orgoglio smisurato di Gheddafi che si è permesso di voler sterminare un popolo che chiedeva al massimo delle riforme o la presa del potere da parte di Saif al Islam. Tutte le forme di propaganda, di logistica, di combattimento, di organizzazione inventate fino ad ora dalla rivoluzione sono stati ripresi direttamente dal modello di Gheddafi. La rivoluzione si impara forse nei gruppi di combattenti o di giovani volontari, che fanno l’esperienza del vivere la lotta insieme e dell’organizzazione collettiva, sempre precaria in fronte ai tentativi di formalizzazione qui onnipresenti.

    Q. e D., Bengasi, il 17 marzo.

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