Les frappes de la coalition ; le front ; les voitures.

A la sortie de Benghazi, on trouve les premiers véhicules frappés par la coalition : véhicules amphibis, grads et porte-radars. C’est à une dizaine de kilomètres de là que se trouve un véritable cimetière militaire. Le site s’étend sur plusieurs hectares, en tout plus de 30 véhicules détruits, dont une dizaine de chars (des tanks italiens énormes en aluminium, et des T72), des voitures et des camions. Il ne reste pas un boulon qui soit encore sur son écrou. Un seul tir a manqué sa cible et a fait un tout petit trou dans le sol. Je pense que le nouvel Etat libyen aura des commandes d’armements à passer et on peut deviner qui remplacera les chars inutilisables par des flambants neufs… Sur la route, dans le désert, on trouve d’autres blindés détruits ça et là, parfois juste une pièce, juste un panneau ou un moteur d’un char de 40 tonnes.

La ligne de front se situe à dix kilomètres environ de la ville d’Ajdabiya, les troupes sont nombreuses, bigarées, pleines de types venus vraiment en touristes, et pas trop mal armées. Ca fait vraiment penser à la prise de Ras Lanouf, sauf qu’ici les insurgés sont, pour le moment, tenus en échec. Aux tirs plus qu’approximatifs des insurgés, répondent des obus peu nombreux, mais fort bien placés, qui font forte impression sur les nouveaux combattants. Finalement une bombe d’avion (francais d’après tout le monde, sans doute anglais me confie plus tard un gars bien informé) d’une taille exceptionnelle fait taire l’artillerie loyaliste à Ajdabiya. Une colonne de voitures part aussitot prendre possession des lieux. Vingt minutes après, le raid s’est plutôt mal passé : la colonne est de retour. Revenue à un ou deux kilomètres de son point de départ, elle est écrasée par des obus incendiaires – ce qui était inutile et cruel. Deux minutes après, une autre volée d’obus provoque la panique chez les insurgés. Jusqu’au soir, on peut voir passer les ambulances qui ramènent à Benghazi des combattants mal en point. Et le feu d’artifice des bombes lachées par les avions de la coalition continue jusque tard dans la nuit.

J’assiste à Zuetina à une scène curieuse : un pick-up dont l’arrière est plein de sang se fait massacrer à coups de pieds par deux types entourés par la foule. Au bout de quelques minutes, un vieux leur dit que ça suffit, qu’il faut pouvoir encore l’utiliser, et arrange un peu la voiture. Les gars la massacrent encore un peu, et puis les deux montent dans le véhicule, font demi-tour en tapant sans ménagement dans toutes les autres bagnoles et partent en bombe vers le front. On m’explique que dans ce pick-up, un homme est mort.

Ce n’est pas le premier acte de destruction apparemment « injustifié » contre une voiture que je constate. Outre une grenade lancée dans un véhicule abandonné à Ras Lanouf, j’ai pu voir que toutes les caisses, même sommairement endomagées, qui avaient été laissées par les ennemis à l’entrée de Benghazi avaient le lendemain été incendiées. J’ai l’impression que cette guerre a liberé une haine étrange contre la voiture, comme dans une émeute de rue, mais de manière encore plus confuse. Ici, pour faire les barricades protégeant l’entrée de Benghazi, les insurgés évitaient d’utiliser le matériel alentour, comme par respect pour la propriété privée ; mais les bagnoles, elles, (prises aux flics, à l’armée, données par ceux qui ne peuvent pas combattre, celles des combattants eux-même) ne sont jamais épargnées, bien au contraire…

Benghazi, le 21 mars.


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2 commentaires pour Les frappes de la coalition ; le front ; les voitures.

  1. Eric dit :

    C’est parfaitement écrit, avec un légère désinvolture qui ne siée pet-être pas bien au circonstances. Toutefois il semblerait que les forces pro-colonel ne soient pas aussi facile à battre que l’on semble nous le faire croire. Quel est votre sentiment ?

    Tenez-nous au courant

    Eric

  2. traduction_en_italien dit :

    Traduction de cet article en italien:

    I bombardamenti della coalizione, il fronte, le macchine.

    Alle porte di Bengasi si trovano i primi mezzi colpiti dalla coalizione: mezzi anfibi, lanciarazzi e porta-radar. A una decina di chilometri da lì c’è un vero cimitero militare. La zona si estende per diversi ettari, in tutto più di trenta veicoli distrutti, tra cui una decina di carri armati (enormi tank italiani in alluminio e T-72), vetture e camion. Un solo colpo ha mancato il suo obiettivo e ha provocato un buco nel terreno. Penso che il nuovo stato libico avrà bisogno di nuovi armamenti e si può indovinare facilmente chi rimpiazzerà i carri fuoriuso con dei nuovi di zecca… Sulla strada, nel deserto, si trovano altri blindati distrutti qua e là, a volte solo un frammento, una lamiera o un motore, quello che resta di un carro di 40 tonnellate.

    La linea del fronte è a circa dieci chilometri dalla città di Agedabia, le truppe sono numerose, varie, piene di gente venuta all’avventura, e armate niente male. Ricorda molto la presa di Ras Lanuf, salvo che qui gli insorti sono per ora tenuti in scacco. Ai colpi sparati a casaccio dagli insorti rispondono pochi colpi d’artiglieria ma precisi che impressionano molto i nuovi combattenti. Poi una bomba di eccezionale grandezza sganciata da un aereo (francese o inglese) fa tacere l’artiglieria lealista a Agedabia. Una colonna di mezzi parte al volo per prendere possesso delle postazioni. Venti minuti dopo, il raid sembra finito male: la colonna è di ritorno. Tornata a uno o due chilometri dal suo punto di partenza, viene schiacciata da bombe incendiarie, atto inutile e crudele. Due minuti dopo, un’altra scarica d’artiglieria getta nel panico gli insorti. Fino a sera, si vedono passare le ambulanze che riportano a Bengasi i combattenti messi male. E lo spettacolo pirotecnico delle bombe sganciate dagli aerei della coalizione continua per tutta la notte.

    Ecco un aneddoto curioso che mi è capitato a Zuetina. Un pick-up col cassone pieno di sangue si fa prendere a calci da due tipi circondati dalla folla. Nel giro di qualche minuto, un anziano dice loro di smetterla, che bisognerà ancora usare il veicolo, e lo sistema un po’. I due tipi lo scassano ancora un po’ e poi salgono a bordo, fanno mezzo giro sbattendo contro tutte le altre macchine che incrociano e partono a razzo verso il fronte. Mi spiegano dopo che dentro questo pick-up un uomo è morto.

    Questo non è il primo caso in cui mi capita di vedere una macchina che viene colpita, a prima vista « senza senso ». Oltre a una granata lanciata in un veicolo abbandonato a Ras Lanuf, ho potuto vedere che tutte le auto, anche solo vagamente dannegiate, che sono state lasciate indietro dai nemici alle porte di Bengasi, sono state bruciate l’indomani. Ho l’impressione che questa guerra abbia scatenato uno strano odio contro le macchine, come durante una rivolta di strada, ma in modo ancora più confuso. Qui per fare le barricate per proteggere l’accesso a Bengasi, gli insorti evitavano d’usare il materiale in giro, per rispetto della proprietà privata, ma le auto (prese agli sbirri, all’esercito, donate da chi non poteva combattere o quelle dei combattenti stessi), quelle non sono mai risparmiate, anzi…

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