Retour sur la prise et la destruction de la Katiba de Benghazi.

Nos amis reviennent sur une journée qui fut décisive dans le déroulement du soulèvement libyen : lorsque la Katiba de Benghazi est tombée. Durant trois jours, les insurgés ont combattu puis, le 17 février, ont vaincu, devant cette caserne gardée par plusieurs unités militaires loyales à Kadhafi.

Vendredi 25 mars, nous avons visité la Katiba de Benghazi, une caserne des forces speciales de Kadhafi. Il en existe une dans chaque ville. C’est un bâtiment gigantestque.  C’est à partir de l’assaut de cette garnison, le fameux 17 fevrier – sabatash febrai comme on dit ici – que les gens ont commencé à s’armer.
Ce jour-là, un professeur d’ici, Halmadi Ziu, ayant vu des jeunes se faire tuer au cours de la manifestation du 15 fevrier, a décidé de passer à l’attaque. Il s’est ceinturé de joulateena – gélatine explosive tradionnellement utilisée pour la pêche – et en a rempli son véhicule. Il s’est attaché un pied à l’accelerateur de sa voiture et a foncé sur la deuxième porte de la katiba, la première ayant été ouverte par la complicité d’un général qui s’est retourné contre Kadhafi le jour où il a reçu l’ordre de faire tirer sur les civils. Ensuite tout Benghazi est arrivé pour piller et détruire cet endroit. Contre les armes de Kadhafi, les rebelles n’avaient que cette « gélatine » et leurs couteaux. Ce fût un massacre, mais la détermination des opposants et leurs petite bombes ont permis d’en finir avec les forces spéciales.

En pénétrant dans l’enclos militaire, les insurgés ont entendu des gens crier à l’aide. Cherchant l’origine de ces bruits sourds, ils ont fouillé partout et ont trouvé des types enterrés vivants dans le sol, le béton encore frais. La plupart était des flics qui avaient refusé de tirer sur les civils. Des caches d’armes, des caves immenses sans lumière, qui avaient récemment servies de toilettes géantes pour l’armée, venaient d’être transformées en prison. L’horreur était partagée par tous. D’autant que, contrairement à ce qu’ils pensaient jusque là, les insurgés constataient que les forces fidèles à Kadhafi étaient composées en grande partie de libyens, et pas seulement d’étrangers.

Les amis médecins qui nous accompagnent, nous racontent, que ce jour là, ils avaient organisé deux équipes : l’une participait à ce sanglant affrontement ; les autres organisaient l’évacuation des bléssés par ambulance.

Aujourd’hui, tout le monde à Benghazi vient visiter les ruines de la katiba. C’est un ballet incessant de familles qui débarquent dans leurs grosses voitures, et tout le monde raconte soit qu’il était enfermé la, soit qu’il a participé à la prise du bâtiment. Un de nos amis nous explique qu’à défaut de parc d’attraction ou de centre commercial pour traîner et passer le temps, les habitants de Benghazi se rendent à la katiba, visiter les vestiges de la folie du régime Kadhafi.

L’immeuble d’habitation qui se trouve en face ne possede aucune fénêtre, c’est une vision assez étrange. Cette précaution architecturale empéchait toute possibilité de vue dans la cours de la Katiba. A l’intérieur, Kadhafi y possédait d’ailleurs un appartement grand luxe et des oliviers. Tout est maintenant entièrement détruit.

Hier, quelqu’un nous disait que dans cette guerre chaque victoire est pour beaucoup fonction du « hasard », comme apparemment la prise d’Ajdabiyah aujourd hui. Pour nos rencontres ici, c’est un peu la même chose. (Au moment où j’écris ces lignes, un truc vient d’exploser sous ma fenêtre – j’ai failli avoir une crise cardiaque ; dehors ça gueule à fond comme pour une victoire en coupe du monde : c’est la reprise de Brega et d’Ajdabiyah). En arabe, quand on utilise le mot « hasard » cela se traduit par « inéluctable »; « c’est le hasard » veut dire, « c’est le destin ».

Benghazi, le 26 mars 2011.

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