C’est la guerre.

Retour sur les évènements de la seconde bataille de Benjawad, du 26 mars au soir du 29. L’engagement total que nous avions pu voir venir, porte des conséquences inattendues qu’il convient de développer.

L’armée de Kadhafi ne se prive plus pour donner à son artillerie toute l’efficacité dont elle a besoin. Mais si les tirs sont mieux réglés en altitude, ce qui les rend bien plus efficaces, ils le sont en général très mal en terme de direction. De plus aucun fumigène n’est jamais tiré, ce qui pousse à croire que l’ennemi ne dispose que de peu, voire d’aucun observateur. La cadence des tirs est également faible, parfois, plus que celle des insurgés. De plus, les troupes loyalistes ne cherchent pas à avancer rapidement durant la nuit, comme elles l’avaient fait pour Bengazi.
L’armée de Kadhafi apparait d’une faiblesse relative et pourtant, elle gagne la guerre. Le plus déroutant c’est que son armement actuel doit certainement être proche de celui des insurgés.

L’armée Libyenne, quant à elle, se spécialise de plus en plus, applaudie par les quelques journalistes occidentaux qui assistent aux combats. Les seules armes un peu efficaces des rebelles lors de ces engagements à dix kilomètres sont enfin placées de manière stratégique (br-14 dans les vallées, canons planqués derrière des crêtes). Leurs tirs semblent coordonnés, ce qui ne veut pas dire qu’ils frappent juste, et ils s’éloignent recharger dans des lieux inconnus. Il y a d’ailleurs eu une mobilisation massive d’insurgés depuis le 26. Lors de la retraite hier, nous avons vu passer d’un coup entre 400 et 600 voitures avec chacune à son bord, pas moins de cinq passagers.
Cette affluence de combatants improvisés semble très utile à l’artillerie parce qu’en servant d’épouvantail elle permet de révéler les positions ennemies. De plus quand ils se retirent, les canons se retirent aussi, ne se sentant pas de rester seuls face aux tirs ennemis.

Lorsque pour la première fois l’insurrection a dû battre en retraite et laisser les troupes de Saadi reprendre les vingts derniers kilomètres durement gagnés, une phrase revenait en permanence dans les colonnes de la révolution : « wain Sarkozy? », « où était Sarkozy? ».
Une grosse déception vis-à-vis de la meilleure arme des libyens (les avions de la coalition) qui nous assure maintenant que nous aurons du pétrole quand nous disons que nous sommes Français.

Il est probable que les Américains et les Francais profitent de ce verrou situé entre Brega et Harawa pour négocier la future Libye et se la disputer entre eux. Les uns par la force (soldats américains, donc bases américaines), les autres par la séduction (on vous donne des armes, donc on est plus cool que les ricains).

Quelques précisions supplémentaires:

La prise, puis l’occupation de Ras Lanouf durant la seconde bataille de Benjawad, sont assez révélatrices de l’apparition d’une espèce de sentiment de guerre civile chez les combattants.
Il y avait deja eu, lors de la premiere bataille, des occupations plus ou moins sauvages de maisons ou de batiments, des campings improvisés dans le désert et sur les trottoirs autour de la porte de la ville. Mais cela restait marginal, la majeure partie des insurgés se faisant inviter le plus formellement du monde à dormir chez les habitants de la ville, quitte à s’entasser à six ou sept par maison.

A présent tout le monde a fuit cette ville nouvelle. Squatter des maisons de particuliers comme des édifices publiques est devenu la norme, tout comme le pillage des maisons de prétendus pro-Kadhafistes, et les fouilles continuelles qui créent une ambiance tendue où les réglements de comptes ne sont jamais loin.

Il est de plus en plus difficile de conserver les apparences de la normalité: des pompes à essences qu’on siphone systematiquement, aux villes que l’on traverse avec de plus en plus d’indifférence voire même de méfiance.

Bagnoles abandonnées, tanks ou bus venus de l’ouest, maisons de sympathisants du vieil ordre : le décor que nous traversons est zébré de colonnes de fumées.

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