Sur le la frontière de l’Ouest libyen suite

Malgré les dépêches quotidiennes d’agences de presse faisant état de milliers de libyens franchissant la frontière de l’ouest pour se réfugier en Tunisie, on aurait tort de considérer que tous les libyens fuient le pays. Comme le précédant article intitulé sur la frontière de l’ouest le signalait, les libyens viennent en Tunisie mettre les femmes, les enfants, les vieux à l’abri. Pourtant beaucoup d’entre eux, de jeunes garçons et pères de familles du Djebel Nefussah, repartent au plus vite là-bas pour participer aux combats ou le plus souvent s’occuper de tâches logistiques et matérielles.

La Tunisie est désormais devenu la profondeur stratégique, l’arrière du front ouest pour les insurgés. D’un autre côté, les combattants blessés à Misrata et qui ont été rapatrié par bateau pour être hospitalisé à Tunis, Gabès, Sfax ou Djerba repartent dès qu’ils le peuvent, et si l’état de leurs blessures le permet, via l’Égypte pour retourner se battre dans leur ville. Tout comme les blessés du Djebel qui de Tataouine repartent rejoindre leurs frères d’armes à Nalut, Jadu, Yefren ou Zenten. Ce qui n’est pas le cas des soldats ou miliciens khaddafistes qui eux restent en Tunisie en attendant une quelconque issue à la guerre civile libyenne.

On mesure mal depuis l’Europe l’incroyable solidarité dont ont fait preuve les tunisiens vis-à-vis des réfugiés libyens et des immigrés en Libye. Et lorsque les tchadiens, ivoiriens, égyptiens, somaliens, soudanais, chinois, nigériens, érythréens, bengali sont arrivés par Ras Jdir dès la fin du mois de février pour fuir les premiers combats, il n’y avait personne d’autre que les tunisiens pour leur venir en aide. Les organisations humanitaires comme le HCR ou la Croix-rouge n’arrivèrent en effet qu’un mois plus tard. La croix rouge italienne n’ouvrant son premier camp qu’au début avril. On évoque le chiffre de 300000 réfugiés a être passé par les camps de Choucha et les différentes structures d’accueil spontanément mises en place dans tout le gouvernorat de Médenine. Ce sont les conseils et comités populaires de la révolution de tout le pays mais aussi des tunisiens qui suite à des appels sur les radios ont notamment organisés des caravanes de solidarité pour subvenir à tous leurs besoins et ce pendant les trois semaines qui ont suivi le 17 février. Au regard de l’hospitalité française concernant les 20000 tunisiens arrivés par Lampedusa, on ne souhaite qu’une chose à une certaine France d’en haut. Qu’elle dégage de la surface de la planète. Ses flics avec, évidemment.

Cet élan de solidarité ne s’est pas épuisé depuis la reprise en main de ces réfugiés par les organisations humanitaires internationales. Celles-ci, particulièrement l’OIM, se sont surtout empressés d’orchestrer une immense campagne de rapatriement par avion ou par bateau pour renvoyer les réfugiés dans leurs pays d’origine.

Aujourd’hui, les libyens seraient plus de 300000 à s’être réfugiés en Tunisie. Les tunisiens les ont accueilli la plupart du temps chez eux, partageant avec des familles entières leurs maisons comme à Dehiba ou à Tataouine. D’autres sont hébergés provisoirement dans des camps gérés par des associations caritatives tunisiennes, à Dehiba ou a Remada. Mais aussi dans les gymnases, les maisons pour jeunes, les maisons de la culture, les stades comme à Tataouine, en attendant de trouver d’autres solutions moins précaires. Les libyens les plus aisés louent quant à eux des maisons à Tataouine, Médenine, Ben Gardene, Zarzis, Djerba, Gabès, Sfax, Kebili et même Kairouan désormais. On ne trouve quasiment plus de maison à louer dans ces villes tellement le flux continu de réfugiés est devenu important. Conséquence de la férocité des bombardements et de la dureté des combats dans le Djebel Nefussah. Dans l’ensemble, Il faut aussi organiser le ravitaillement car bien souvent les ressources manquent à ces libyens partis dans l’urgence.

Et c’est là où les exilés libyens aux USA, au Canada, en Europe ou dans le Golfe s’avèrent précieux. De nombreux exilés sont venus en Tunisie avec d’importants fonds collectés dans les pays occidentaux ou moyen-orientaux destinés à financer l’aide aux réfugiés. Ils travaillent au sein d’associations qui s’occupent d’acheter et de fournir à ces réfugiés de la nourriture, de l’eau, des fournitures scolaires (les enfants libyens sont intégrés dans les écoles tunisiennes comme à Tataouine), des produits ménagers, etc. Ces associations s’occupent aussi de ravitailler le Djebel en coordination avec les comités régionaux insurgés. Tous les jours des chauffeurs viennent du djebel charger leurs camions à Tataouine pour repartir aussitôt. De manière plus discrète évidemment, les exilés contribuent à l’effort de guerre en achetant des quantités astronomiques d’essence de contrebande venant le plus souvent d’Algérie mais aussi du matériel de communication moderne. Le passage de l’essence ne se fera pas par la route ni de jour au vu et au su de tous. La nuit, le désert, les pistes, l’expérience assureront au mieux que le Djebel n’en manque pas trop.

Il est bien probable que l’exil auquel le régime de Khaddafi a contraint ces trente dernières années un très grand nombre de libyens est un des élément qui contribuera à mieux le faire chuter. Ces exilés qui ont déserté peu à peu la Libye pendant plus de trente années sont aujourd’hui devenu une force, une puissance de soutien inestimable pour l’insurrection.

Tandis que l’aéroport de Djerba est officieusement devenu depuis la mise en place de la No fly zone de l’OTAN l’aéroport international de Tripoli, les ports tunisiens sont devenus les points d’approvisionnement possible pour Khaddafi. Des lieux névralgiques que les libyens et tunisiens favorables à l’insurrection ont aussi placé sous surveillance. A Zarzis, un bateau égyptien est ainsi arrivé jeudi pour y débarquer 400 véhicules d’occasion achetés en Syrie. Bien que les médias aient annoncé que ces véhicules étaient des 4×4 pick-ups neufs destinés aux milices de Khaddafi, il n’en est rien. Mais l’information s’est toutefois répandue comme une trainée de poudre. Ce qui prouve qu’ici tous sont extrêmement vigilant sur l’approvisionnement en matériel potentiellement militaire de Khaddafi. Ces véhicules resteront toutefois bloqué et ce jusqu’à nouvel ordre suite à une décisoin commune de la police et des douanes tunisiennes. Tout comme ceux déjà bloqués à Gabès ou à La Goulette, le port de Tunis. Alors même si ces véhicules arrivaient à prendre la route par ruse ou par surprise, Les gens de Ben Gardene, dernière ville tunisienne avant le point frontière de Ras Jdir, feraient tout pour les bloquer comme ils l’ont déjà fait ces dernières semaines avec des tentatives de faire passer par là quelques petits convois de camions citernes en direction de la Libye. Le téléphone arabe n’est pas un mythe.

L’insurrection se joue aussi sur le renseignement, la logistique et les finances. Des questions auxquelles les insurgés libyens ont l’air d’avoir su répondre. Quant à Khaddafi, les libyens de Tunisie le disent perdu à court ou moyen terme. Tout dépendra de ses capacités financières car lui aussi se fournit en Tunisie pour les produits alimentaires avec ses propres réseaux d’intermédiaire. Et pour l’essence, il semblerait que ses capacités de raffinage aient été considérablement réduites depuis les bombardements de l’OTAN. D’après les amis libyens, Khaddafi ne peut plus compter que sur l’Algérie pour l’essence comme pour le ravitaillement en armes et munitions. La route saharienne entre l’Algérie et la Libye et qui passe par Ghadamès s’avère stratégique pour Tripoli. Le problème étant que pour le moment la route la plus directe de Ghadamès pour la capitale libyenne passe par Nalut. Ville toujours tenue par les insurgés obligeant les convois de ravitaillement à faire un détour de plusieurs centaines de kilomètres pour éviter le Djebel. Détail peut-être anecdotique mais aujourd’hui pour tripoli comme pour les insurgés de l’ouest chaque goutte d’essence compte.

Cet article a été publié dans Libye, Tunisie. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

4 commentaires pour Sur le la frontière de l’Ouest libyen suite

  1. Jérémy Fentaume dit :

    J’arrive lundi à Tataouine, mardi à Dehiba. Si la contre-révolution qui se déroule en ce moment à Tunis ne m’empêche pas d’y parvenir… Votre témoignage est précieux. Bravo.

  2. tintin dit :

    ah ouais, c’est vraiment super bien ce blog, mais c’est moi où votre RSS déconne ?

  3. celtam dit :

    De tout coeur avec vous et mes collègues et amis libyens qu’on n’oublie pas.
    Française partie de Tripoli le 21 février.
    Merci de nous dire si on peut apporter de l’aide financière ou colis tout en étant loin (actuellement expatriée dans un autre pays, je ne peux pas me rentre sur la frontière tunisienne pour apporter de l’aide…)
    Libya forever …

  4. Ping : Sur la frontière de l’Ouest libyen suite : L'ALSACE LIBERTAIRE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s