Il y a quelque chose de pourri dans l’air.

Il est dix heures du soir.. Les rues sont déjà presque désertes.

Deux jeunes discutent encore dans une voiture de location, à l’arrêt sur le rond-point, sur la place de la jeunesse du centre-ville de Zarzis lorsque surgissent deux fourgons et deux pick-ups de la police. Ils freinent brutalement tandis qu’une dizaine d’hommes en tenue sombre et cagoulés s’extirpent au pas de charge d’un des fourgons pour se positionner autour de la voiture. Fusils-mitrailleurs braqués sur les occupants, matraques à la main, ils les somment de présenter leurs papiers d’identité. L’ambiance est tendue. Les quelques badauds encore dehors sont comme tétanisés par cette scène d’un autre temps.

Mardi dernier, un groupe d’élite des forces de sécurité est arrivé à Zarzis pour rétablir l’ordre. Son objectif est, selon les autorités, de lutter contre le trafic de harragas, la consommation de drogue, la circulation de faux-billets, les cambriolages, les menaces à l’arme blanche et les vols de voiture. Depuis, la seule et véritable action d’envergure mené par ce groupe d’élite est d’avoir confisqué les frigos remplis de bières fraîches vendus illégalement sur la plage…

Ce groupe d’élite d’une trentaine d’hommes s’occupe essentiellement de contrôler tous les véhicules de location qu’il croise. Ces véhicules étant réputés pour servir de navettes dans le trafic de harragas. Pourtant on ne signale plus de départ de Zarzis pour Lampedusa et ce, depuis au moins deux semaines. La scène décrite ci-dessus se répète inlassablement tous les jours et il est difficile de ne pas se sentir terrorisé par une bande de flics en cagoule les armes à la main. On est bien loin des déclarations post-révolutionnaires du ministère de l’intérieur souhaitant établir un climat de confiance entre la police et les citoyens. Opérations spectaculaires, démonstrations de force, l’Etat tunisien dévoile son intention de rétablir son autorité plus de quatre mois après le soulèvement populaire de décembre. Et il applique pour cela les bonnes vieilles recettes du maintien de l’ordre. Comme avant.

Pendant plusieurs semaines, une campagne de presse des plus grossières a fait ainsi quotidiennement état d’une insécurité générale dans le pays. Les tunisiens souhaitaient, parait-il, le retour de la police. Pour le coup, ils ont été servis. La police est revenue aussi soudainement qu’elle avait disparu.

Communiqué de presse publié par le ministère de l’intérieur jeudi 12 mai et relayé par les principaux médias : « Dans le souci de préserver l’intégrité territoriale nationale et de se prémunir contre tout ce qui pourrait porter atteinte à la sécurité de la patrie, le ministère de l’intérieur appelle tous les citoyens à faire preuve de vigilance et à appuyer les efforts déployés par les forces de la sécurité intérieure, en informant, le plus rapidement possible, l’unité sécuritaire la plus proche, de toute activité suspecte pouvant constituer une menace dangereuse pour la sécurité du pays. »
Le ministère souligne que « tous les propriétaires d’hôtels ou de logements meublés à louer et tous ceux qui hébergent des étrangers doivent impérativement informer de manière immédiate sur ces personnes. »

Pendant le régime de Ben Ali, les gérants d’hôtel étaient dans l’obligation de signaler toute arrivée d’étrangers à la police politique. Ils étaient tout comme les taxis des informateurs très précieux du dispositif sécuritaire tunisien.
Quatre adresses facebook interdites cette semaine par le ministère de l’intérieur pour incitation à la violence. Takriz fait partie du lot. La police politique a été dissoute mais la police est désormais la politique en Tunisie

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