Tripoli ne fera pas la fête

Quartiers dangereux, groupes de combattants aux intérêts parfois contraires, CNT contre ligue de l’ouest, anciens kadhafistes, check-points partout, assoiffés de justice, jeunes couillons en quête de respect, pour vous donner une idée de la situation, regardez Groland sur la guerre des banlieues.

Tripoli plage, campement des rebelles de Misrata
Tripoli plage, campement des rebelles de Misrata

En route

A Nalut, tu trouves des autorisations pour pouvoir te rendre à Tripoli où la route est pleine de check-points. Sur ces autorisations figure le nom du chauffeur, chauffeur qui doit être approuvé. Il semble surtout que les membres locaux de l’organisation aient montés un business juteux : 600 dollars pour deux heures de bagnole. En vérité tout le monde se fou de cette autorisation. Il y a tellement de gens en direction de Tripoli que tu peus bien attendre dix minutes à un check-point.
Et peut -être qu’ ici, c’est une autre coalition qui n’est pas aux ordres du CNT.

J’ai voyagé avec deux gars qui avaient du fuir Tripoli depuis 100 et 40 jours. En arrivant, ils ont pleuré.
La situation est chaotique, d’abord, des milliers de journalistes, tous les hôtels sont complets, ensuite plus d’eau, à l’heure où je vous parle je pourrais boire cul sec deux litres d’eau minérale sans exagérer, enfin plus d’électricité. Le contact  est difficile, la méfiance est grande. Des check-points partout, des tirs tout le temps, personne ne nettoie les zones qui craignent, si bien que je dois trouver des ruses de sioux pour éviter des immeubles de snipers quand je vais de mon quartier au centre ville.
Hier, devant l’hôtel Corinthia qui héberge le CNT et toute la presse, en dix minutes j’ai vu : les types du check-point s’engueuler assez fort pour une histoire de cartouches, des mecs tenter de rentrer dans l’hôtel pour y chercher deux ou trois kadhafistes et dix minutes plus tard, une famille se ranger tranquillement le long du renfoncement d’une porte de garage pour éviter des balles venant de Dieu sait où, qui sifflaient dans la rue.
Le sol est jonché de douilles et d’ogives de balles, les combats ont étés durs dans certains quartiers. La vieille ville est le seul endroit à l’abri complet des balles perdues avec ses murs serrés, mais un vrai coupe gorge, à la fin du jeûne il ne fera pas bon s’y balader la nuit avec tous les types saouls et les armes qui vont y traîner.
Tout le monde regrette la guerre, ceux qui l’ont fait un jour, ceux qui l’ont fait six mois. Mais en soit, c’est tellement inavouable que tous, soit la rejouent avec leurs defilés de pick-up et les tirs en l’air soit se mettent la tête à coup de chants patriotiques et de symboles rebelles. Et personne n’avouera que c’etait trop cool, en plus d’être très dur et souvent triste. J’ai vu personne ici faire la fête comme dans les rues de Misrata.

Détendu, sur la propriété de la femme de Kadhaffi

Détendu, sur la propriété de la femme de Kadhafi

Mitiga

Les groupes de combattants sont ceux de Tripoli, mais viennent des montagnes Nefoussa, ou de Misrata. Ils ne font pas boire leurs chevaux dans les fontaines de Tripoli, parce qu’il n’y a ni eau, ni chevaux, mais ils sont les seuls à avoir eau et bouffe en quantité et à être suffisamment armés pour ne même pas ralentir aux passages de check-points.
Quelques noms de groupes : Katiba Tewar Tripoli, Katiba Bashir Al Saadawi (qui dépend de la première), Katiba Sabattachar Febraï, Katiba Shuada Tripolis.

Les camps rebelles importants sont sur la route côtiere à l’est et à l’ouest de la ville.
A l’est ceux de Misrata , à l’ouest ceux du Djebel Nefoussa, il y a des exeptions.
On est pas déçu par le campement de Misrata : tentes, marchandises pillées dans les résidences du gouvernement et chameaux, même si ces derniers, c’est plutôt pour le casse-croûte.
Le groupe est détendu, sur la propriété de la femme de Kadhafi, ils se baignent, squattent la villa, ils ont récupéré des pneus neufs et une moto énorme, ils ont une belle cuisine et un atelier mécanique couplé d’une petite armurerie.

Cuisine campement Shebab Misrata, Tripoli Est

Cuisine campement Shebab Misrata, Tripoli Est

Plus de quarante katibas y sont présentes d’après leurs dires, mais seulement une centaine de personnes y traînent la journée, les autres sont sur différents fronts ou différents camps autour de la ville dépendant de celui-ci.
A l’est de la ville, il y a une grande caserne  dans un aéroport nommé Mitiga, qui semble être le vrai centre de l’état libyen. Impossible d’entrer, mais des diplomates ou espions français semblent être présents et prendre des choses en main. A l’intérieur, 200 a 400 prisonniers des forces kadhafistes. Il y en a 350 autres dans une école du souk Al Jamal un peu plus vers le centre ville.
Dans l’hôpital de Mitiga, il y a des blessés des deux camps très bien soignés, ils sont même ensemble aux soins intensifs.

La farce est grossière

Le 29 août au soir c’était la fête partout, sur la Medane Shuada (place verte rebaptisée) dans les rues, des manifestations, des jeunes sur des camions avec des tambours. A Medane Shuada, des pick-up alignés de Misrata, de Zenten…
Une fête pour …  la fin du ramadan? Ça compte, mais c’est dans trois jours. Un évènement militaire? Rien de notable dans la journée si ce n’est la fuite de la femme et des enfants Kadhafi. Le retour à la normale? Gagné
L’électricité  est revenue presque partout tout le temps. Les magasins ré-ouvrent et pas un par un comme à Benghasi, mais dans toute la ville en un soir, magasins de fringues, de bijoux, de parfums, et même de nourriture. L’eau est revenue aussi dans certains endroits, même si la rivière est coupée à Hassaouna par les kadhafistes.

"Medane Shuada" ancienne "Place Verte"
« Medane Shuada » ancienne « Place Verte »

Jour après jour la ville s’est calmée, les check-points étaient de moins en moins regardant et les appels au calme et au nettoyage de la ville se multiplient. Le mec du cyber qui vient d’être relâché de prison passe et me dit que c’est dangereux tous ces gens partout avec des armes. Ce type milite pour que les armes finissent par retourner au gouvernement. Il semblerait même que, arrivé à son paroxysme avec blason et drapeaux, le système des katibas soit en train de se défaire, du moins, concernant les plus petites.
Globalement les combattants semblent avoir eut peur de leur propre force et tentent de rassurer les gens de Tripoli, ceux favorables à la stabilité. Si Dieu le veut, cela pourra changer avec la fin du jeûne.

Un ancien agent des renseignements de Kadhafi fait la circulation dans Tripoli

Un ancien agent des renseignements de Kadhafi fait la circulation dans Tripoli

La joie des types ici est plus forcée qu’ailleurs et même qu’à Benghasi. Ils invitent moins facilement, veulent qu’on les prenne en photo pour passer dans la presse… Les détecteurs de métaux sont presque plus présents que les armes dans les hôtels, hôpitaux, et locaux de l’embryon de pouvoir. Il semble que la différence entre la légitimité que pourra affirmer le CNT et la force que les rebelles pourront lui opposer tiendra notamment dans l’initiative des dernières batailles. Les types de Misrata sont visiblement déjà positionnés pour engager une offensive et combattent un peu tous les jours. Mais ce qui se prépare a Mitiga pourrait bien être mieu coordonné et bénéficier des appuis et informations françaises, sans parler de la présence probable de paras et autres commandos. Le CNT qui est censé se composer de 30 membres n’as même pas livré les noms de ceux de tripoli, la farce est grossière.

Un shebab  me confie que pour lui et son groupe, la vraie guerre est finie depuis longtemps,ce qui n’empêche pas de se prendre une balle. Ils ont combattu une armée très puissante, avec plein de matériels, et tout d’un coup plus rien, ils viennent à Tripoli sans aucune résistance en face. Il semble que d’autres forces soient à l’oeuvre ici, peut-être des choses qui se trouvent notamment à Mitiga. On raconte également que 700 types de différents groupes de combats ont étés formés par les français et ont sautés en parachute ces derniers temps en Libye, dur à croire.

Il m’explique que la reddition de Abou Salim  a été négociée par les rebelles car le quartier est kadhafistes, la population y est assez pauvre. Certains immeubles du quartier ont étés négociés à l’arbatach o nous (mitrailleuse anti aérienne 14,5). L’arrivée du moment politique ça le dégoûte, et il est vrai que les militants du front national sont moins citoyennistes que les types que je rencontre ici. Tous parlent de refiler les armes au gouvernement comme d’une priorité.
Il y a bien un parti ici, qui refuse d’en être un, qui est composé de partisans de toutes les classes dans toutes les villes, qui a ses propres quartiers, qui maintient des caches d’armes partout réappropriables par le peuple. Son drapeau est vert, son dieu s’appelle Muhamar.*
Sinon les jeunes shebab fous qui tirent en l’air tous les soirs, qui parlent de Syrte toutes les cinq minutes et qui ont pas vu assez de trucs dégueulasses réjouissent le coeur, mais bon.

Pas vraiment d’élaboration politique en perspective. On a bien l’impression que ce qui s’est affronté en Libye ce sont deux faiblesses, les rebelles tournés vers la contre révolution la plus chancelante du monde et Kadhafi frappé par l’Otan dans un pays où il a passé 42 ans a détruire toute forme de confiance et d’organisation collective ambitieuse. A qui s’effondrera le premier, le CNT a commencé, kadhafi a pris une belle longueur d’avance, mais rien n’est joué.

* Sous le régime de la Jamarhya, dans l’idée d’un peuple armé développée dans le livre vert,  les clés des caches d’armes  étaient gardées par des habitants du quartier (en tout cas à tripoli). Il fallait évidemment signer des papiers et donc soutenir activement kadhaffi pour y avoir accès. Les endroits les mieux pourvus étaient bien entendu Abu Salim et Hatba.

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2 commentaires pour Tripoli ne fera pas la fête

  1. solimusik dit :

    Content de vous retrouver

    amitiés

  2. Ping : Libia, una fonte per la comprensione del caos

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