La bataille de Syrte

Suite à la bataille de Tripoli, après des semaines de préparation, la grande offensive commune est lancée. Vendredi 16 septembre, c’est au moins 900 voitures des katibas de Misrata qui se dirigent vers Syrte.

                                                 Capture du diner

Les révolutionnaires sont entrés dans la ville, mais le 18 ils sont repoussés par des tirs de grad et de mortier faisant une vingtaine de morts et des dizaines de blessés de notre côté. Les deux jours suivants, les probables positions kadhafistes sont bombardées par les tewar et par l’Otan. La journée du 21 est consacrée à l’évacuation des habitants de Syrte ne prenant pas part aux combats. Dans les jours qui viennent, il devrait y avoir un assaut général sur tous les fronts en direction de Syrte.

Les katibas de Misrata sont maintenant réparties entre l’occupation de Tripoli et l’invasion de Syrte. A Syrte, elles occupent trois positions, la route côtière, Wadi Bei et Wadi Lod. Cette dernière position est cependant tournée vers la conquète de Joffra, une constellation de trois cités très proches (Waddan, Hun, et Saukaa). La fameuse Katiba Al Bous qui a mené la guerre de ce côté de Misrata est positionnée à Wadi Bei et la zone est le lieu des combats les plus intenses.

Les katibas sont organisées selon un modèle pyramidal suivant la loi du plus fort comme le décrit la police italienne pour la mafia. Chaque katiba a un chef et est organisée au sein d’un groupe de trois à cinq katibas. Les chefs de ces katibas se réunissent en conseil presidé par le chef de la katiba la plus puissante. Il faut cependant remarquer deux choses, la première c’est que le chef est quelqu’un dont la présence s’impose en évidence. J’ai rencontré un combattant d’une katiba qui me disait que son groupe avait perdu son chef dans la bataille de Syrte et que maintenant ils n’étaient plus aussi forts qu’avant, leur base n’est plus aussi puissante. Ce chef était capable de bien administrer le groupe pour les combats et avait pour habitude de trouver seul les lieux sûrs où la katiba pouvait établir ses positions, et c’est ainsi qu’il a été tué, loin des autres. Ce groupe ne retournera certainement pas dans le vif des batailles avant qu’il n’ait trouvé un chef digne de celui qu’il a perdu. Autrement dit les types ne se bousculent pas pour quand il s’agit d’en remplacer un, il y a d’ailleurs plus d’avantage en terme de prestige à être blessé. Les histoires que l’on raconte autour de Mohammed Al Bouss le chef de la très redoutable « katiba noire » relatent la même témérité. Le chef de ma katiba est surtout l’homme qui comprend le mieu les cartes, qui a le souci de l’action et surtout qui s’arrange pour trouver de l’eau quand le robinet cesse de couler. C’est aussi celui qui rammasse les poubelles, ce qui le distingue des autres combattants c’est qu’il va aux réunions des chefs, je ne l’ai jamais vu donner d’ordre. Dans les grosses katibas c’est different, les chefs restent souvent à Misrata, ordonnent et interdisent des choses tout en tenant à leur place.

                    Shebab discutant stratégie autour de google earth

La seconde chose à préciser c’est qu’il existe des réunions où sont présents les chefs de toutes les katiba, même les plus petites. Ce conseil prend toutes les décisions importantes, celui de mardi soir a pris la décision de repousser l’attaque initialement prévue afin d’avoir le temps d’évacuer le plus de familles possible du champ de bataille.

Toutes les katibas communiquent par radio et sont très informées de la présence de l’Otan sur les différentes zones.

La conquête des villes dans le désert, tenue secrète par les tewar pour des raisons sans doute imbéciles, ne s’est pas faite simplement. La ville de Tawarga (sud est de Misrata) par exemple, dont les habitants se réjouissaient tant de l’extermination de Misrata, a été entièrement vidée de ses 130 000 habitants à l’exception d’une seule famille à l’arrivée des révolutionnaires. Refugiés à Bani Walid ou à Syrte, ces gens croyaient certainement connaître le même traitement que celui préparé par l’armée de Kadhafi à Misrata. Un homme m’a dit que ces gens des petites villes du désert sont ignorants et facilement manipulables, c’est un peu simpliste mais c’est pas forcément complètement faux. Les autres petites villes sont conquises après négociations. Les habitants rendent les armes (du moins une partie, il y en a partout ici) et mettent le drapeau tewar à la place du drapeau vert. S’ ils ne le font pas, il y a des combats et des morts des deux côtés. A Syrte, Kadhafi a fait distribuer des armes dans toutes les maisons, pas une par famille, mais deux, trois, quatre, kalachnikov et rpg principalement. Le 19, la famille Farjan avait ramené aux rebelles les armes reçues de Kadhafi, le même jour un dépot dans une caserne (Quaeda al Saadi) a été pillé, des voitures surchargées d’armes légères quittaient Syrte dans la soirée, pleines de FN, des armes de luxe avec des crosses en noyer. Quand les révolutionnaires sont entrés en ville, les tirs venaient de partout. C’est certainement le problème principal de cette position : l’armée loyaliste se bat parmis ses partisans et les familles de ceux-ci. Cette conjonction les rends très efficaces. Aussi, la ville est fermée. Le 20 un convoi de voitures de luxe a quitté Syrte par le sud et a été stoppé à Wadi Bei (le fils de Kadhafi, Moatassin y est vraissemblablement encore) ce qui donne à ceux qui restent l’énergie du désespoir.

                                         Familles fuyant Syrte

 La tentative d’évacuer la population mercredi, marche assez bien, mais pour la plupart des gens, ce doit être très difficile de partir : il faut passer cinq ou six checkpoints où la voiture est fouillée et les identités contrôlées, pour finir à Tawarga, logés chez les anciens habitants, cernés par des Misratis en armes et nourris par eux.

Après six mois sans essence, plus d’eau et d’électricité depuis le début du ramadan, et plus d’oxygène pour l’hopital depuis la perte de Ras Lanouf, cette solution est quand même tentante. Mais pour les apparatchiques, les familles des officiers qui ont bombardés Misrata et ceux qui les ont soutenu, l’avenir est fermé.

Le 20 au matin, un char T70 a percé les positions rebelles, couvert de peaux de moutons et de dromadaires, il s’etait rendu invisible a l’otan. Les combattants de Misrata savaient encore comment on arrête un char, l’attaque était sans espoir. En regardant le char, un de mes copains m’a dit tout bas, « tu vois ceux qui ont fait ça, ce ne sont pas des fous, ils ont très intelligents ». Ils sont aussi très braves. Les peines qu’ils ont infligé à Misrata, ils redoutent maintenant de les subir.

                                                     Char furtif

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