L’effort, l’approvisionnement, Syrte le jour de la bagarre.

Armée Tewar de l’ouest le premier octobre

Les 27 et 28 septembre, les types qui se battent à Syrte vont piller les dépots de munitions découverts autour de Waddan par les combattants du Wadi Lod. Le 30, l’aéroport de Syrte est pillé, notamment de tout son mobilier qui sera rammené à l’aéroport de Misrata. Des obus de grad et des mortiers tombent autour, une bombe de mortier blesse 15 combattants. La grosse bataille était prévue pour le premier octobre. Depuis, l’objectif a changé. Il ne s’agit plus d’innonder de combattants le centre-ville de Syrte, mais de réaliser la jonction entre combattants de Daphnia (à l’ouest), combattants de Benghasi (à l’est), et les katibas jointes à la katiba Al Bous au sud.

De notre côté, sur le front occidental, l’effort est constant. Quelques tirs quotidiens d’artillerie légère sur le rond-point où les kadhafistes sont positionnés. Plus loin, à quelques kilomètres, on entend parfois des tirs. Ce sont nos amis de Benghasi ou les kadhafistes qui leur tirent dessus.

Ici l’approvisionnement, en armes, en eau et en nourriture, est une des choses qui importe le plus. Les armes et les munitions proviennent des différents arsenaux rebelles, de mieux en mieux fournis au fur et à mesure des prises de positions et de dépots kadhafistes. Pour les armes les plus lourdes, cela implique forcément de trouver de nouveaux véhicules que l’on doit alors faire venir comme presque tout ce que l’on trouve ici, de Misrata. L’eau potable est acheminée par citerne ou fournie par des habitants voisins du front et proches des tewar. Pour se laver c’est soit au puit soit à l’eau de mer comme dans notre katiba. La nourriture amenée par camion est preparée sur place dans des cantines collectives. A consommer sur place ou à emporter sur la ligne de front. Tout cela exige évidemment un approvisionnement en essence conséquent et les camions citernes y pourvoient. De jour comme de nuit, même si l’on doit parfois faire la queue pour cela, on en obtient toujours. Et depuis que les habitants de Syrte fuient en nombre leur ville, on ne nous y demande plus ni nos noms ni celui de notre katiba. Les groupes électrogènes sont quant à eux très prisés car ils permettent de cuisiner, de s’éclairer et, chose qui pourrait pourtant paraître superflue dans de telles circonstances, de se servir de la clim’.

Le jour de la bagarre, l’effort parait moins impressionnant qu’auparavant (assaut sur Syrte, safari club). Plus d’une centaine de véhicules entrent dans la ville sans rencontrer de réelle résistance. Asssez vite, l’Otan leur ordonne la retraite. Le croissant rouge en ville est prise entre deux feux. Les tewar s’excécutent et refluent jusqu’à nos positions. Ces dernières sont défendues comme il se doit pour des misratis, par des containers remplis de sable. L’ennemi, encouragé par ce mouvement inattendu fait preuve d’une attitude plus entreprenante et bientôt, sur nos lignes, le long de la route qui contourne Syrte, ce sont des obus de 106, des balles de minta et de snipers qui tombent sur les voitures dont le mouvement de retraite est accéléré par ces tirs. Après plus d’une heure, la totalité des véhicules de cette position s’est retirée plusieurs kilomètres en arrière. C’est plus tard qu’une colonne de moins de dix bagnoles sans armes lourdes et sans préparation d’artillerie reprendront la position dans un court combat au rpg et à la mitrailleuse qui mettra en fuite les véhicules aux drapeaux verts.

Le flegme des tewar, qui leur confère cette attitude très agressive est demeuré intact. Cependant les précédents combats urbains ont laissé des traces, et quand il est à l’improviste question d’aller au front… plus moyen d’aller aux chiottes, occupées, les tripes ne mentent pas. Ce qui tord l’estomac des shebab, ce n’est pas tant le peuple de Syrte qui soutient Kadhafi (en fuyant la ville), pour autant que ça ne lui coûte pas trop cher, mais davantage ces soldats responsables de tant de massacres. Ces derniers ne sont pas prêts de se rendre, tout comme cette population de plus de mille refugiés entassés dans le port, travailleurs ou mercenaires, n’est pas prête à se laisser fouiller.

Artilleurs prenant position

Si les libyens étaient probablement aussi cons que les francais avant le 17 février, le combat commun de tribus autrefois hostiles contre le régime de Kadhafi a permis d’estomper de vieux différents, même s’il y a toujours des imbéciles, vieux ou jeunes confondus, pour vous les rappeller. Les rebelles ont beau dire ce qu’ils veulent sur les gens de Syrte, ce genre de conneries ne va en général pas très loin. Je n’ai d’ailleurs jamais vu d’animosité particulière à l’encontre des habitants de Syrte fuyant la ville et quant on croise une de leurs voitures en rade sur la route, qu’il faut pousser ou changer une roue, on le fait. J’ai vu une fois, et c’est sûrement assez fréquent, trois jeunes noirs à côté de leur tracteur, à genoux, les mains sur la tête, contrôlés par les rebelles. Les ont ils humiliés en plus de les avoir arrêtés ? Peut être. Etaient ils des soldats kadhafistes ? Peu probable, mais des connards il y en a partout.

Avec quelques amis nous tenions une auberge sur la route près de Syrte, de la bouffe chaude, des armes, un matelas sommaire, un atelier mécanique en libre service pour les gars allant combattre, comme pour les refugiés ou pour les profiteurs de guerre (journalistes). Un super lieu de rencontres où l’on peut s’emmerder à mourrir comme y passer des soirées à se fendre la gueule et rencontrer des gens incroyables… Un jour, un groupe de tewar est venu, un des gars a sorti son pistolet et l’a armé avant de rentrer. Dans ce genre de situation, il vaut mieux être bien entouré quand on croise ce genre de type.

A Syrte, il n’y a plus d’hôpital. Les gens de la ville sont donc obligé de rallier l’hôpital de campagne des Tewar et des organisations internationnales. Si la blessure est trop grave, un hélico transporte alors le blessé à Misrata. Sur la photo, dans ce même hôpital, on voit un jeune soldat kadhafiste soigné par un docteur insurgé. Peut être que celui-ci a perdu un frère ou une mère dans les bombardements de Misrata mais ici cela ne compte pas. Les habitants de Tawarga, d’où est venue la première attaque sur Misrata, un temps refugiés à Syrte commencent à revenir. Certaines maisons, en l’abscence de leurs habitants ont étés depuis incendiées, certainement par des tewar.

Sur Al jazeera on raconte que l’armée a dejà ouvert le feu sur des familles pour leur empêcher de quitter la ville en les laissant seuls, si cela se confirme, il se pourrait bien que l’armée kadhafiste s’effondre sur elle-même avant même que les tewar ne la réduisent.

 Syrte le 03 octobre.

Cet article a été publié dans Libye. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s