Lexique

Vous trouverez ici un lexique qui sera mis à jour régulièrement. Il s’agit de préciser le sens de certains termes employés dans les articles du blog, de traduire certaines expressions courantes. Il est surtout question de leur rendre leurs sens. On distingue les partisans tant dans leur manière de se battre ensemble, de se nourrir, de se vêtir, d’utiliser les armes que dans leur manière de se parler, de nommer les choses.  Ces mots, on les connaît quasiment tous, après les avoir entendus maintes fois dans la presse, mais ils ont été  capturés par l’entendement occidental. Il faut alors leur rendre leur histoire, les remettre dans la réalité de la guerre partisane. C’est ce que nous allons tenter sur cette page en vous invitant à y contribuer.

Lexique de l’insurrection libyenne

Allah akbar

Littéralement « Dieu est grand ». Formule du domaine religieux, rappropriée par les rebelles. Elle est utilisée pour manifester la joie fut-elle modeste. Par exemple, elle s’exprime dans la bouche d’un homme qui réussi à avoir un bidon d’essence à une pompe ou des dizaines de personnes attendent. Elle permet de mettre à distance le sujet d’une action, un homme apporte du thé, il le dit, ce n’est donc pas lui qu’il faut remercier, mais la providence, de même pour les raids de l’Otan, un avion bardé de technologie détruit en une seconde une position qu’il aurait été très coûteux en vies et en temps d’attaquer, c’est que « Dieu est grand » et non l’Otan (simple instrument). Cette formule est devenue un véritable slogan révolutionnaire, on le dit pour saluer quelqu’un et j’ai vu des pro-kadafistes musulmans s’en railler!

Inch’Allah

« Si dieu le veut ». Formule d’origine religieuse qui exprime l’affirmative (plus qu’on ne se le représente généralement en Occident) tout en laissant sa place au hasard (entendu plutôt comme une forme de destin que d’une contingence). Elle est très utilisée pour répondre aux questions concernant la nature d’une personne :

Es tu chauffeur?

-Si Dieu le veut.

Es tu Misrati?

-Si Dieu le veut!

Katiba

Caserne ou groupe de combat. Utilisé pour désigner les places fortes de Kadhafi dans les principales villes (Benghasi, Bayda…), il l’est maintenant davantage pour les groupes qui combattent. L’armée de l’état libyen restée fidèle à Kadhafi est elle même souvent désignée ainsi « ketaib Kadhafi« .

Min ta

Min ta nous écrivons « minta » est une contraction de mouda tayarat (anti aéonef). Depuis la guerre cet engin a été  rebaptisé « min la » contraction de moudat libyin (contre les libyens ) en raison de son utilisation par Kadhafi, dès les premières manifestations contre les opposants à l’assaut des katibas.

Par minta nous désignons donc les mitrailleuses et canons anti aériens que les shebab montent à l’arrière des pik-up dont le calibre est généralement de 12,7mm ; 14, 5 mm (arbatash o nos) ou de 23mm.

Moutassalakin 

Littéralement, les grimpeurs, ceux qui se perchent. Ce mot sert à désigner les personnes qui sont parties dès le début deu soulèvement par peur de la guerre et qui reviennent maintenant en revendiquant des postes importants. L’illustration parfaite en est Djibreel.

Quaeda 

Outre sa construction médiatique occidentale et la signature qu’il est devenu pour un certain nombre de groupes neo-islamiques, son sens courant est celui de caserne, base militaire.

Shaed

Martyr, quand on demande le nombre de morts chez les tewar après un combat, on ne nous dit jamais il y a tant de « morts », mais tant de « martyrs ».  J’ai vu un homme féliciter un jeune garçon après la mort de son cousin dans des circonstances troubles « votre famille a enfin un martyr, jusque là vous n’en aviez aucun« . Quand on parle de Kadhafi ou de ses soldats, les gars les espèrent morts « mut », un slogan reprend dailleurs ce mot « Al Khadafi mut, mut, sh’ab i libi koul ahrud » (quand Kadhafi sera mort, en Libye, tous seront frères).

Shebab

Shebab, pluriel de shab, veut dire « les jeunes ». Mais on l’utilise pour parler à des groupes de types de 50 ans comme à des types de 20 ans, il prend alors plutôt le sens d’un « les gars », même si on l’utilise aussi parfois pour parler à des femmes, ou pour désigner un seul homme. Sha’ab dont la prononciation est proche du singulier de shebab, signifie « le peuple ». Le terme shebab, s’emploie alors comme un « les gars » mais au sein des partisans de la révolution, il désigne donc les rebelles.

 Tewar

Traduit par les grands médias comme « rebelles », la traduction exacte est « révolutionnaires » ou « freedom fighters » littéralement « combattants de la liberté ». Le mot pour rebelle en arabe est mouhardin, seulement utilisé par Kadhafi dans ses discours. La différence entre les deux termes est plus grande en arabe, tewar indique une complicité entre celui qui parle et celui qu’il désigne,  mouhardin  indique au contraire une condamnation de l’un pour l’autre.

« Moutassalakin », littéralement, les grimpeurs, ceux qui se perchent. Ce mot sert à désigner les personnes qui sont parties dès le début par peur de la guerre et qui reviennent maintenant et revendiquent des postes importants. L’illustration parfaite en est Djibreel.

14 commentaires pour Lexique

  1. mcc43 dit :

    bien, j’avais besoin🙂

  2. vous essayez de désacralisé les expressions religieuses. C’est peine perdu, ou c’est tromper vos lecteurs : Allah Akbar n’a rien de révolutionnaire, et Qadhafistes et anti-Qadhaf l’utilisent en permanence comme la quasi-totalité des musulmans.
    Gênés par la religion omniprésente ds les pays que vous décrivez ?

    • Se trouver dit :

      Ce lexique a été fait suite à pas mal de temps passé dans ce pays en ayant observé un changement dans l’utilisation de certains termes. Il est vraissemblable que dans des cas de guerre de tels mots aient déjà pris des sens proches. Ici l’emploi est véritablement différent chez les kadhafistes et les anti-kadhafistes (qui l’utilisent tout le temps, une fois sur deux pour saluer quelqu’un). Son emploi en dehors des moments de prières ou d’occasion exceptionelle par des étrangers dans un quartier kadhafiste peut directement amener des problèmes.

    • Se trouver dit :

      Gêné par la révolution dans ces pays si religieux ?

  3. Ping : Allahu Akbar 2.0

  4. non très content.
    et curieux de voir ce qui va se passer…. je ne vous servirai pas la fable du dictateur-rempart-contre-l’islamisme… mais on risque quand même d’assister à un retour du refoulé… Ben 3ali, 9adhaf, Moubarak, c’étaient des dictateurs laïcs, à l’occidental. L’Islam va peser fort politiquement aussi maintenant.
    La grille de lecture de L’insurrection qui vient, c’est pertinent pour nos sociétés où dieu est mort avec la religion. Mais si on l’applique au monde arabe : Dieu est un grain de sable qui pourrait bien gripper quelques rouages.
    Mais bon : bravo les gars, c’est très bien d’apprendre l’arabe, en plus.

  5. mcc43 dit :

    Le terme est également utilisé lorsqu’on tire dans l’air pour le plaisir, on le voit dans les vidéos.
    J’ai écoute des opinions dans mon pays et d’autres : on trouvent ce gens dégoûtant.
    Moi aussi j’ai degout quand on mêle au divin les luttes politiques ou mercenarie. et le sang qui coule sans raison.

    Ils ont fait un mal incalculable à l’image de l’islam dans le monde et
    ce sera utilisée contre ces idiots quand il est temps de faire le gouvernement que les étrangers veulent. Le libyen aussi se débarrasserons de ces gens.

  6. et les gars : si on veut être précis : Allah Akbar, ça veut dire : Dieu est le plus grand (superlatif). Et ils le disent aussi pour conjurer la peur : quand le tonnerre gronde par exemple ( peut-être ils le disent aussi quand une bombe tombe à 3 mètres… j’ai jamais été sous les bombes avec des musulmans).
    Les combats se terminent en Libye : vous avez pas l’intention de migrer vers la Syrie ou le Yemen ? (voir la Grèce, ou c’est de plus en plus violent).

    • Se trouver dit :

      Oui on dit allah akbar même quand un mortier tombe à trois mètres et qu’on est pas touché. Un chauffeur traversant une route dans le noir, phares éteints répètera effectivement allah akbar en souhaitant au plus fort que les snipers ne le repèrent pas. Il s’agit de conjurer une peur de la mort impliquant l’idée que la mort vient parce c’est écrit, une idée du destin qui n’empêche pas de penser la volonté mais qui veut dire que dans chaque évènement il y a un sens collectif au delà de l’individu, c’est ce qu’il y a dans l’idée du martyr. Il n’y a pas de hasard, mektoub, c’est écrit veut dire aussi que tout a un sens.

    • Se trouver dit :

      Oui il faudrait sans doute y aller aussi. Il faut aller voir pour comprendre et pouvoir prendre au sérieux les insurrections qui éclatent un peu partout. Mais surtout il faut trouver les moyens de partager, rapporter ici en France et ailleurs les questions autant matérielles qu’affectives qui se posent dans le grand « là-bas ». On ne cesse de nous faire avaler un exotisme du printemps arabe. De gauche à droite, on salue les soulèvements (Tunisie, Egypte) on célèbre « le tunisien » libéré comme s’il s’agissait d’un animal, ou alors on s’en écarte quand il est trop difficile de comprendre et de s’y retrouver (Libye). Mais toujours on s’abstient en parlant de « là-bas » de parler d’ici. Tottenam cet été, novembre 2005, automne 2010 en France : comment virer la police d’un quartier ? comment s’organiser contre la militarisation d’une zone ? comment organiser la subsistance quand les flux de marchandises sont bloqués ? N’y a t’il pas des résonnances avec ce qui se passe dans le monde arabe ? Et pourtant ceux qui célèbrent les révoltes arabes sont souvent les mêmes à saluer le travail de la police récemment en Angleterre. Le geste d’aller voir sur place ce qui se passe n’est pas celui d’un tourisme de l’extrème en mal de sensation, mais c’est bien parce que nous sommes en mal de réponses partout où nous tentons d’agir qu’il nous faut nous déplacer. Ceci n’étant en rien lié au degré de violence mais au degré d’ouverture du champs des possibles d’une situation. Et vous, vers où êtes vous prêt à partir ?

  7. Birahima2 dit :

    Inch’ Allah
    A demain, si Dieu le veut

    Sacré quotidien !

    exemple :
    au bled, une personne
    me dit que tous les vendredis, j’irai boire un café avec tout le monde
    et que je paierai la tournée quand ce sera mon tour.
    Après au boulot,
    une autre personne me dit que je vais coordonner l’équipe de travail
    quand ce sera mon tour dans l’alphabet.

    Je n’utilise pas cette formule,
    car c’est trop gros pour moi, vous comprenez.

    Je dis, OK
    OK , OK , OK .
    Puis j’attends le moment fatidique,
    pour envoyer chier directement
    en les laissant se rouler par terre de rage.

    Je ne sème pas ma zone.
    Je commence au quotidien,
    à séparer religion et politique,
    si vous préférez, à mettre les points sur les i

    • Se trouver dit :

      La séparation du politique et du religieux dont vous parlez ne serait-ce donc pas cette fameuse laïcité ? Il y a deux choses à dire sur ce qu’on a observé de la place de l’Islam en Libye. D’un côté la part réactionnaire de la religion, l’impossibilité de bouleverser tout un pan de l’existence même en pleine guerre, notemment la participation des femmes aux combats, leur rôle attribué dans ce soulèvement. D’autre part il y a la foi, celle qui donne le sens de l’existence. Celle qui permet de penser d’abord à partir d’une communauté qui fait qu’on ne part pas de soi-même mais d’un rapport au monde partagé. Ce qui pour le coup à été déterminant dans la manière dont les libyens ont combattu et se sont organisés. Le problème de la laïcité c’est que justement il reste la religion sans la foi qui n’est rien une fois séparer du quotidien.

  8. Birahima2 dit :

    l’exemple que j’ai donné,
    c’est pour dire que certaines personnes croient pouvoir cadrer tous les comportements pour faire comme si il y avait des choses en commun.
    On choisit pour vous. On cadre tout.
    On finit par vous greffer de la mémoire.
    Et dans ces conditions, quand on vous donne un emploi du temps, le but,
    c’ est de vous désorganiser, de vous abrutir, de vous voler.

    Ils ont même prévu à l’avance de vous traiter de voleur, ces gens-là.
    Alors pourquoi payer le café ?

    Alors vous avez parfaitement raison, continuez le lexique.
    Pendant ce temps-là, les andouilles feront la guerre civile.

    .

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