Syrte sous la pluie, derniers combats

Nos camarades sur place reviennent sur les derniers combats à Syrte  de la mi octobre à la capture de Kadhafi.

Du périphérique routier, une piste en terre mène tout droit au centre de la ville. Il faut passer deux murs d’enceinte en béton, comme pour une caserne, pour trouver les premiers bâtiments. Sur la droite, Ouagadougou, le palais des congrès des présidents africains, puis l’hôpital de Syrte. Les ambulances des combats ne s’y arrêtent pas, préférant les cliniques de terrain installées plus loin.
Un kilomètre encore et commence la ville sur un plan en damier, les boulevards étant  perpendiculaires ou parallèles à la mer. Les combats principaux se situent après un virage, ce qui réduit l’ampleur du front et canalise l’action des tewar. Les kadhafistes, retranchés dans les bâtiments le long de la mer, se répartissent sur trois fronts. L’attaque centrale est la plus forte. Tous les jours, 500 mètres sont gagnés. On compte alors une dizaine de morts et plusieurs dizaines de blessés. Ceux d’entre eux qui le peuvent reviennent combattre.


Il est difficile de rapporter l’atmosphère des combats. Si les photos  (cf article  » Bataille à Syrte, album photo ») font état des repos trouvés lors d’une discussion dans un entrepôt ou d’une partie de billard, elles ne peuvent pas transmettre la chaleur des salutations, les attentions réciproques des combattants, les visages réjouis et détendus des amis qui se retrouvent dans cette circonstance. A l’inverse, un texte trop long ou analytique serait un mensonge aussi grand que des photos isolées. Pour autant, le ton ferme et determiné des journalistes de la BBC ou celui plus misérabiliste de Al Jazeera sont bien loins de la légèreté avec laquelle les tewar sont au feu.
Cet endroit, le front, est mythique pour tout le monde. Y être présent, avec son groupe, c’est déjà partagé quelque chose. S’y mettre en jeu avec tous ceux qui sont là suffit à se faire confiance. Ce qui n’est pas si courant dans la Libye en révolution, où la rébellion elle-même est tiraillée entre les intérêts des politiciens, la fabrication d’une légitimité pour les arrivistes et le sens même que l’on donne à toutes ces batailles.
Pour la plupart des combattants, le lynchage de Kadhafi n’est qu’un élément de la bataille de Syrte, une bataille parmis d’autres. Sa mort se situe dans la continuité de la destruction de son régime. Il ne s’est pas enfui, il ne s’est pas laissé jugé par la CPI. La mort de Kadhafi, au cours d’une bataille, c’est finalement lui rendre hommage.
Les modalités de la capture de Kadhafi, sont davantage le souci du CNT dont la légitimité en dépend sur le plan international. Dans les rues, il importe peu de savoir par qui et comment il a été tué,  et ne pas s’importuner avec ces questions qui agitent tant les gouvernements et les médias occidentaux, est une manière d’assumer collectivement la mort de Kadhafi.


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