Egypte : Faire taire la rue.

Par la peur…
Après l’expulsion de la place Tahrir du 9 mars, nous apprenons aujourd’hui le nombre d’arrestations. 173 personnes sont encore détenues par l’armée. Elles ont été jugées dès le lendemain par le tribunal militaire : on les accuse de non-respect du couvre-feu, vol, détention d’arme, troubles à l’ordre public, etc. Bien évidement, personne n’était armé, il n’y avait rien à voler et les arrestations ont eu lieu avant 18H, alors que le couvre-feu commence à minuit. Les arrêtés ont d’abord été parqués au musée du Caire. Les plus chanceux sont sortis sans jugement après être passés à la matraque électrique ou à la gégène. Les photos de ces tortures circulent déjà. Les 173 autres ont écopé de 1 à 7 ans de prison pour les hommes, un an de centre de redressement pour les enfants et du sursis pour les femmes.

Ces pratiques ont cours depuis le début de la révolution. Un nombre  considérable de personnes ont disparu. Aucune nouvelle depuis des semaines. Une centaine de corps ont récemment réapparu dans les morgues du Caire. Des centaines voire des milliers de manifestants ont été arrêtés depuis le 26 janvier. Le tribunal militaire les juge immédiatement après leur arrestation. Procès expéditif rendant toute défense impossible. Les peines vont de 6 mois de prison pour non-respect du couvre-feu à perpétuité pour violence avec arme. La plupart des arrêtés semblent partis pour 5, 10 ou 15 ans de prison. L’armée emprisonne aujourd’hui les révolutionnaires comme Moubarak emprisonnait hier ses opposants. Sa stratégie est de transformer la clarté de la situation révolutionnaire en sentiment de confusion, de peur et de chaos. Les coptes rassemblés depuis plus d’une semaine devant le bâtiment de la télévision sont expulsés, l’armée tire pour faire fuir les plus récalcitrants.  Des rivalités entre quartiers sont attisées. Des rumeurs évoquent la libération de détenus « dangereux ». Tout est mis en place pour rendre l’armée indispensable au yeux du peuple

… et par les urnes
Samedi 19 mars, les Egyptiens devront accepter ou non les modifications de la constitution – al dostour. Ces changement permettraient rapidement la tenue d’élections parlementaires et présidentielles, en restaurant un pouvoir civil. Les seuls qui appellent à voter « Oui » sont les Frères Musulmans.  Les élections auraient lieu rapidement, ce qui ne laisserait pas le temps à de nouveaux partis de s’organiser. A l’inverse un « non » à ce référendum signifierait une réécriture de la constitution. C’est la position de ceux qui veulent détruire entièrement le système Moubarak. Néanmoins, ce « non » laisserait le pouvoir aux mains des militaires, ce qui fait peur à une partie de la population.

Dans tous les cas, se vote déplace l’attention politique, pour éloigner la révolution et toutes les  questions d’organisation qui se posent à elle. La question de la Constitution est bien loin des aspirations des premiers jours.

Depuis jeudi, il est interdit de distribuer des tracts, de se rassembler ou d’appeler à manifester. Tout est fait pour que le seul mode d’expression possible passe par les urnes.

Le Caire, le 17 mars.

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